Virginia Woolf, la hantise de l’écriture

Anne-Marie SMITH-DI BIASIO. Virginia Woolf : la hantise de l’écriture.  Paris : Indigo & Côté femmes, 2010. 198 pages 21,80 €

Anne-Marie SMITH-DI BIASIO. Virginia Woolf : la hantise de l’écriture. Paris : Indigo & Côté femmes, 2010. 198 pages 21,80 €

C’est dans cet espace de flottement entre deux langues où surgit l’image, et se dénouent les refoulements ordinaires du langage révélant les tracés mémoriels qui hantent l’écriture, qu’Anne-Marie Smith-Di Biasio, tel un « passeur », lit et interprète le texte de la langue-mère qu’elle partage avec Virginia Woolf ; et, comme dans le chuchotement d’une conversation ininterrompue et intemporelle avec Woolf, elle retraduit et re-questionne en les découpant et les déconstruisant avec sa palette à elle des extraits : Ondes, Au phare, La Chambre de Jacob, Une Ébauche du passé.

C’est ainsi que La hantise de l’écriture propose un retour aux origines sensorielles et obsédantes de l’imaginaire woolfien, un retour aux gestes, visages, voix recélés dans l’écriture, à sa mémoire de l’infantile. Ainsi s’agit-il dans cette attention portée sur les traits visibles et invisibles de l’écrit de lire et de traduire des tracés de la parole, du regard, du corps – d’entendre et de faire entendre rythme, mouvement, sonorité, image.

Comme celle de l’épitaphe, cette écriture est hantée par la qualité fragmentaire et énigmatique de l’inscription silencieuse renvoyant tel un miroir la parole de l’écriture woolfienne à ce qui la hante. Et pourtant, c’est d’un lien avec la vie qui ne peut pas se défaire que cette obsession troublante semblerait – comme dans le rêve – émaner. Car il y a un va et vient constant entre l’intériorité hallucinatoire de la parole woolfienne et son regard vers les tonalités changeantes du monde extérieur.

L’image pense. Celles formées par cette rupture du réel qu’ouvre le deuil de l’être aimé sont aussi la figure d’un engagement intime et féminin dans les discontinuités de l’histoire du vingtième siècle. Virginia Woolf écrit l’oreille tendue ; elle ramasse les survivances d’une langue et d’une culture anglaise traversée par l’étrange dans un geste immémorial et moderniste qui fonde sa vision au présent et l’inscrit définitivement dans la modernité.

Publicités

Julia Kristeva: Speaking the Unspeakable

‘Makes an excellent introduction to Kristeva in its enthusiasm and generosity … lucid and well-conceived.’ TLS

Julia Kristeva: Speaking the Unspeakable (Modern European Thinkers)

Julia Kristeva: Speaking the Unspeakable (Modern European Thinkers), 1998

Julia Kristeva’s most remarkable contribution to modern thought has been her revelation of how pre-verbal experience – poetic, infantile, maternal and spiritual, or simply the experience of suffering – enters language through the processes of literature, art and psychoanalysis.

Anne-Marie Smith’s concise introductory study examines Kristeva in the light of her contemporary activity as writer, teacher and psychoanalyst. Tracing the evolution of Kristeva’s thinking over the last thirty years she draws attention to its conceptual coherence and value as a work-in-progress of cultural critique.

Smith provides close readings of the original texts, new translations and first-hand accounts of Kristeva’s lectures. Kristeva’s influence in Anglo-American thought is set against her place in the French intellectual tradition. She emphasizes Kristeva’s involvement in public cultural activity and personal commitment to psychoanalytic practice as well as her insistent interrogation of the place of women and of foreignness in social structures.

Contemporary Woolf/ Woolf contemporaine

Contemporary Woolf/ Woolf Contemporaine edited by Claire Davison-Pégon & Anne-Marie Smith-Di Biasio, Presses universitaires de la Méditerranée, « Horizons anglophones », Série Présent Perfect, 2014, 260p, ISSN 0230 5610. 18€.

Contemporary Woolf/ Woolf Contemporaine edited by Claire Davison-Pégon & Anne-Marie Smith-Di Biasio, Presses universitaires de la Méditerranée, « Horizons anglophones », Série Présent Perfect, 2014, 260p, ISSN 0230 5610. 18€.

The present volume seeks to explore the implications of Woolf’s contemporaneity in terms of her own era and of ours. By looking at how one can grasp the meaning of one’s time from within and without, it traces ways in which her fictional as well as non-fictional works reflect on or engage with those forms of untimeliness or out-of-timeness in the present which enable an author to see its shadows or perceive its obscurity. While the undertaking suggests a philosophically-inclined quest, it is no less inscribed in acutely topical, political issues as it is necessarily in the search for a poetics corresponding to Woolf’s vision. Attempting to understand Virginia Woolf’s complex relationship with her time also sheds light on how we read and engage with her works today. It reveals ways of understanding her writing as an indictment of the barbarity she perceived in her age and in the culture it both inherited and produced, defining those crystallising moments when the present of writing becomes contemporary to us and glimpsing spectres at work within her texts as not only ghosts of the past but the premonitory figures of our own century.